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La Tunisie fait face à un double impératif : créer massivement des emplois pour réduire les déficits existants et améliorer la qualité de ces emplois. Malgré une population instruite, le pays reste marqué par un taux d’inactivité élevé (73% des femmes et 34 % des hommes) et un chômage important, en particulier chez les jeunes (40%). Plus de la moitié des emplois sont informels (57%). 

Pour réduire le chômage et l’inactivité de manière substantielle, tout en réduisant l’informalité à travers la croissance de la productivité de travail, la Tunisie aurait besoin de plus de 100,000 emplois par an à travers le développement de la TPME. Les dernières estimations suggèrent que 70% des emplois se trouvent dans les TPME et presque 60% dans les TPE.  Entre 2013 et 2023, les TPE ont créé 57.8% des emplois net formels et les PME, 10.2%. À l’avenir, sur la base des tendances actuelles, les TPME devraient créer plus de deux tiers des nouveaux emplois.

Dans ce contexte, le Gouvernement Tunisien et la Banque africaine de développement à travers sa Plateforme EInA, avec le soutien financier de l’Ambassade du Royaume-Uni et de l’appui technique de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), ont lancé l’enquête sur le profil entrepreneurial du pays qui vise à mieux comprendre les contraintes qui affectent l’entrepreneuriat et le développement de la TPME. L’enquête couvre plus de 9 000 individus dans 3 000 ménages. Les principaux résultats de l’analyse montrent que la Tunisie compte près de 1,48 million d’entrepreneurs (18 % de la population adulte) avec 10,4% d’entrepreneurs établis et 7,6% de potentiels qui peinent à concrétiser leurs projets et restent encore à la phase d’idéation. Parmi les entrepreneurs potentiels, 27,3% sont des inactifs, 33,1% des chômeurs et 39,6% sont des salariés, dont 17,9% dans le secteur informel. Les entrepreneurs établis sont quant à eux, principalement poussés par l’opportunité (63%) plutôt que par la nécessité (37%).  Presque deux tiers des entrepreneurs sont dans les secteurs à faible productivité tels que le commerce (40.5%), l’agriculture (17.6%), et le transport (8.3%). Un quart seulement opèrent dans l’industrie (10.2%) ou les services sociaux (13.4).

L’étude identifie ainsi cinq piliers appelés à former la base d’une stratégie de développement de l’entrepreneuriat en Tunisie, à savoir : Marchés ; Accompagnement ; Réglementation ; Éducation et Financement (MAREF). Le problème d’accès au marché semble toucher davantage les entreprises de petites tailles qui opèrent souvent dans des marchés locaux. Sur le volet accompagnement, 65.8% des entrepreneurs établis et 70.2% des entrepreneurs potentiels demandent des services d’accompagnement qui ne sont pas offerts. Les régulations et la fiscalité sont quant à elles, identifiées par plus 30% des entrepreneurs comme freins à la formalisation. Par ailleurs, le faible niveau d’éducation des entrepreneurs et le manque de capacités intrinsèques réduisent les taux de création d’entreprises, surtout d’entreprises formelles avec potentiel de croissance. Ainsi, avoir un niveau d’éducation secondaire ou un diplôme de la formation professionnelle augmente de 67% et 92% la probabilité d’entrer dans l’activité entrepreneuriale.  En fin, la couverture des programmes de financement de l’entrepreneuriat reste faible avec seulement 18% des entrepreneurs établis ayant financé leur projet d’investissement à travers une institution financière ; 65.8% des entrepreneurs établis et 70.2% des potentiels n’ont pas accès à un financement.